[Article invité : Julie-Anne de Sée est auteur érotique aux éditions Tabou. Retrouvez la sur son blog,Facebook et Google + ]

Dans la classification des arts, établie par Hegel qui en dénombre cinq au XIXème siècle, sont venus au fil du temps s’en ajouter de nouveaux, notamment les « Arts Médiatiques » qui incluent la photographie. Patrick Siboni est l’un de ces photographes contemporains, allons découvrir son univers. Interview !

Patrick Siboni, qui es-tu, comment es-tu venu à la photographie ? Qu’as-tu photographié en premier lieu ?

Je suis né à Nice en 1980. Après un Bac S, j’ai fait du zigzag dans les études. Tout d’abord, inscrit en fac de sciences, je n’y ai fait qu’une courte apparition.

J’ai ensuite voulu devenir luthier mais il était trop tard par rapport à mon cursus. Alors j’ai suivi une formation aux techniques du spectacle vivant. J’y ai découvert la pratique du son, de la machinerie mais surtout de la lumière qui, jusqu’alors théorique pour moi, devient une substance manipulable. J’y travaille un temps, mais lassé de passer plus de temps à « déménager » qu’à travailler, je fuis (encore). Inquiet, mon père me fait intégrer une école d’architecture d’intérieur où je suis entouré de gens dont l’activité quotidienne était tournée vers la création. C’est à ce moment-là que j’acquiers mon premier appareil. Un petit compact avec lequel j’ai fait une série de photo. Une fois le diplôme d’architecte d’intérieur en poche, je monte à Paris faire une école de 3D. C’est là que j’ai acheté mon premier reflex pour réaliser mon film de fin d’études. Puis, je l’ai rangé, jusqu’en 2006. Je vais à New York cette année-là et, séduit par la ville, je fais des centaines de clichés pendant un mois.

En rentrant, je garde l’habitude prise à New York d’avoir l’appareil dans le sac mais je n’arrive à rien. Paris m’est peut-être trop familier. Un beau jour, un ami m’invite au Glazart*. Je suis fasciné par ce que j’y découvre : le spectacle de personnes impliquées dans des modifications corporelles et les cordes. Ensuite, Satomi Zpira m’invite à photographier une performance ou elle mélange kinbaku** et calligraphie japonaise et m’ouvre les portes d’un tout nouvel univers : un monde Underground. Véritable déclencheur, je shoote, depuis, je n’ai cessé de capturer.

Tu aimes photographier les femmes, comment est venu ce souci de montrer la beauté ?

D’abord, je suis un homme et j’aime les femmes ! (Rire) Mais qu’est-ce qui définit la beauté ? Il n’existe pas deux modèles semblables, femme ou homme d’ailleurs. Au-delà, c’est le corps humain qui m’intéresse, quelles qu’en soient sa taille, sa couleur… C’est une haute technologie incomparable et captivante. Si une femme est maigre ou voluptueuse, c’est voir évoluer l’architecture musculaire qui est beau, c’est l’infini que dévoile chaque détail. A chaque fois, je trouve toujours quelque chose que je n’attendais pas.

Dans ma façon de travailler, je cherche l’axe dans lequel une chose est belle, il y a toujours un axe, même à travers ce qui échappe aux codes classiques de la beauté. J’applique cela à ma vie de tous les jours. Lorsqu’il m’arrive une galère, je cherche toujours ce que je vais y gagner. Evidemment, parfois il n’y a rien mais cela vaut le coup de chercher. Tout ce qui est vu, l’est à un instant, d’un endroit. Capturer c’est choisir quoi, quand, d’où. En général je prends une direction puis je laisse faire l’univers sans m’encombrer d’objectif précis.

Je reste vigilant à tout ce qui passe sous mes yeux. Lorsque cela vaut le coup je capture, ensuite je m’interroge sur la forme, j’observe et parfois je sacrifie mon observation pour vous, pour moi, Je prends la photo. C’est marrant mais toutes mes photos sont des moments que je n’ai pas vus car au moment de prendre la photo, le miroir nous cache notre pseudo réalité.

Comment retravailles-tu tes photos ? Jusqu’à quel point ? A quel moment le cliché te satisfait-il vraiment ?

Je ne retouche pas vraiment. J’ai au fil des année développé une certaine forme d’éthique que j’applique assez rigoureusement.

J’ai longtemps travaillé dans les effets spéciaux. Il y a dix ans on m’appellait surtout pour faire des effets à « rêves ». C’est pour ça d’ailleurs que j’ai voulu faire ce métier. Le Rêve, puis le message a changé et aujourd’hui il y a beaucoup trop de mensonges à produire au bénéfice de l’industrie. Alors j’ai renoncé à cette façon d’obtenir de l’argent. Tout d’abord, je développe. Cette notion n’est pas très claire auprès des photographes numériques mais il faut admettre qu’avant l’interprétation des données, celles-ci ne sont que des 0 et des 1.
Je me garde de sortir mes photos en noir et blanc bien que je n’exclue pas cette possibilité mais il y a un côté un peu facile là-dedans. La couleur véhicule beaucoup d’émotions et je tente à chaque fois de ne pas m’en priver.

Je trie les informations que j’ai capturées pour en sortir quelque chose d’étonnant. J’appelle cela développer. Une fois la forme trouvée, j’applique une sélection sans concessions (enfin j’essaie) pour définir ce que je publie.

quoteJe pense que l’œuvre d’un photographe, c’est surtout la qualité de ses choix.

Que veux-tu montrer à ceux qui regardent tes photos ?

Rien de précis, ce serait une erreur.
Dans la production d’un film il y a une étape qui s’appelle l’étalonnage. C’est la phase au cours de laquelle on règle les couleurs de l’image. Il est possible (bien que ce ne soit pas toujours le cas) d’insuffler discrètement une émotion au spectateur. Un exemple serait dans le film Matrix, lorsque les personnages sont dans la Matrice, l’image est très peu saturée et les blancs sont verts, ce qui donne ce sentiment un peu désagréable. Imaginez ces séquences avec des couleurs chaudes et les personnages auraient bonne mine…
Oui mais alors, existe-t-il un code universel couleur/sentiment ? La réponse est non mais cela n’aurait d’intérêt que si l’on cherchait à définir précisément une émotion. Or ce qui compte vraiment n’est pas l’émotion finale mais le fait qu’il y ait eu changement d’état.
En fait je m’en fous qu’en regardant une de mes photos on pleure ou on rie, ce qui compte c’est que l’on soit et l’on est que lorsqu’il y a changement d’état.

Comment orientes-tu ton travail ? Qu’est-ce que tu aimes le plus photographier ?

Je fais plein de photos, tout le temps ! Ma fonction, c’est d’observer et explorer l’univers. Tout ce qui montre une pseudo réalité m’attire, j’en éprouve une insatiable curiosité. On est tous formatés, j’essaie de comprendre les cultures, les curiosités sociales. Des paradoxes existent, des comportements dits asociaux, comme le fetish, le bondage, que je visite. C’est ce à quoi me sert la photo.

Quels sont tes projets ?

Je vais devoir trouver un moyen d’obtenir de l’argent car malheureusement en 2016, c’est bien de cela dont on a besoin pour vivre! Ayant tourné le dos à mon activité professionnelle, il ne me reste à vrai dire que la photo.

J’espère bientôt vendre des tirages en ligne selon des codes bien spécifiques.
Chaque image ne pourra être exploitée que 30 fois, tous supports et formats confondus. (Art 98 du CGI)
C’est ainsi que la loi définit un tirage d’art. Cela permettra aux acquéreurs d’obtenir des tirages de grande qualité, limités, signés, certifiés et d’une grande rareté ainsi que certains avantages fiscaux.

Quant à moi, cela me permettra de proposer mon travail à toute la planète, et d’obtenir les moyens de faire encore plus de photos.

Quels conseils donnerais-tu à un photographe en herbe ?

S’intéresser aux sciences avant tout. La connaissance ouvre les portes de la curiosité et la curiosité force les portes de la connaissance.
Comprendre comment fonctionne son matériel, la nature des informations que l’on capture et les manipuler sont à mon avis des choses essentielles même si aujourd’hui la plupart des photographes réussissent sans en avoir la moindre idée.
A un musicien en herbe je dirais :
Avant de composer et ainsi de t’exprimer par la musique, tu dois apprendre, comprendre et maîtriser la technique car c’est la clé de ta capacité d’expression.

quoteJe terminerais sur ce conseil valable pour toute chose :
Apprends, comprends, maîtrise puis oublie.

Plus d’infos sur Patrick Siboni

Dévouvrez son site internet http://patsib.wix.com/patricksiboni
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Propos recueillis par Julie-Anne de Sée

* Le Glazart est un club et une salle de concerts à Paris, dans le 19ème arrdt
**Kinbaku: art japonais du bondage, aussi appelé Shibari

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