Roman Ravie sylvie ohayon

[Article invité : Julie-Anne de Sée est auteur érotique aux éditions Tabou. Retrouvez la sur son blog, Facebook et Google + ]

Roman Ravie sylvie ohayonRavie…. Sous ce titre ambigu, Sylvie Ohayon signe un bien étrange Objet Littéraire Non Identifié, un roman âpre comme un raisin trop vert qui hérisse les papilles avant de dilacérer les tripes. Critique !

En quelques quatre cents pages couvrant une dizaine d’années de la vie de Raphaëlle, la ravie, autour de laquelle d’autres personnages viennent s’agréger, le lecteur est sans cesse baladé, chamboulé. Témoin de la comédie drolatique enclenchée au jeu du Tel(le) est pris(e) qui croyait prendre, il sera emporté sur des montagnes russes au fil de révélations dramatiques. C’est un chemin initiatique qu’emprunte cette femme confrontée à elle-même et à ceux qui la révèleront. L’auteur distille en filigrane les tragédies qui ont forgé dans le sang et les larmes les parts sombres des psychés de ces marionnettes dont elle tire les ficelles.

Raphaëlle a eu le malheur de naître bourgeoise dans le XVIème arrondissement de la capitale dont elle devient une caricature exacerbée. Elle n’a rien fait des quelques quarante années écoulées de sa vie, mariée à Olivier à qui elle a donné trois enfants. Le tableau classique de la famille bourgeoise aisée pourrait être idyllique si cette femme ne s’était peu à peu muée en une mégère égocentrique, hystérique et fielleuse, mauvaise épouse et mauvaise mère. Catharina et Médée font près d’elle pâle figure. (*)

Quand son mari décide de la quitter pour une autre, la jalousie et la haine vont faire germer un plan vengeur dans l’esprit divagant de Raphaëlle. Elle va enlever cette autre exécrée, la ravir à l’amour, la séquestrer pour la soumettre à sa vindicte et conserver son homme. C’est oublier que la situation peut se retourner pour mener tout droit à l’enfermement de celle qui voulait enfermer. La gentille Cindy se révèle une redoutable geôlière dans la maison normande de Raphaëlle, près de la mer. La ravisseuse est ravie, qui croyait ravir.

Un étrange ballet se danse alors, avec l’entrée en scène de Steven, le cygne noir et l’ange déchu, loubard repenti au physique de kouros, suivi d’autres figures féminines improbables.

La rédemption de Raphaëlle est en marche. Doucement, la haine qui la torture et la retient prisonnière d’elle-même va céder. La femme déjà mûre découvre la tendresse des sentiments et le plaisir charnel dans les bras de l’ex-taulard qui la bouscule et pourrait être son fils. Oedipe n’est pas loin… Un modus vivendi nouveau se met en place au fils du temps, une certaine douceur de vivre s’installe. Enfin, des enfants symboles viennent au monde pour panser les plaies dans cette communauté, invraisemblable cellule familiale recomposée de bric et de broc.

Non seulement Raphaëlle entre en amour comme on entre en religion, mais encore elle découvre que la littérature et l’écriture sont aussi salvatrices. Elle s’identifie aux héroïnes de Balzac et Gide, elle qui n’avait encore jamais lu. Elle déclare:

« On est avec soi-même lorsqu’on lit un livre. On pleure sur soi, on rit de soi en s’appuyant sur l’histoire d’un autre. » (P. 153 – 289)

Elle est enfin « bien » en lisant les classiques qui dissèquent la Comédie Humaine et c’est Cindy qui à son tour, deviendra écrivain, bouclant la boucle.

Cependant, le conte de fée tournera court pour une fin qui ne sera pas bien douce. C’est sans doute Carabosse qui s’était penchée sur les berceaux de ces écorchés de la vie.

L’écriture est ciselée, pointue, incisive, érudite. Elle se fait scalpel pour fouailler, ciseler. Elle heurte et bouscule pour dire en mots choisis ou crus les maux cachés des unes et des autres. Enfin, elle dissèque avec violence les douleurs des plus terribles traumas comme les plus belles jouissances de ces héros tragi-comiques.

Il est impossible de réduire à un synopsis ce long roman un peu foutraque. Il dérange, agace parfois de ses outrances, vous séduit et vous entraîne toujours plus loin.

Il faut sans doute éviter à tout crin de céder à la tentation de l’identification à l’un(e) ou l’autre de ses personnages, attachants en dépit de leurs errements, au risque d’un méchant coup de blues.

Vous laisserez-vous emporter à la découverte de Raphaëlle la mal-aimante mal-aimée ?

Julie-Anne de Sée

(*) La mégère Apprivoisée, William Shakespeare
Médée, Euripide

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