[Article invité : Julie-Anne de Sée, auteur érotique aux éditions Tabou. Découvrez son blog et sa page google + ]

Après L’éveil de l’Ange, Eva Delambre poursuit, avec ce second volet, l’histoire de Solange, devenue Ange, soumise de Tristan, son Maître. « L’Envol de l’Ange » se situe huit mois après la fin du premier opus. Dans la très belle scène d’introduction qui happe d’emblée le lecteur pour le plonger dans ce monde particulier, les choses sont clairement définies : « …il me voulait dans cette obéissance totale, dans cette acceptation pleine et entière de tout ce qu’il pourrait m’imposer » (P. 10). Critique !

A noter !
Eva Delambre dédicace ses livres le 30 juin 2016 de 16h à 19h, à la boutique Metamorph’Ose à Paris

Quand bien même les séances de Domination / Soumission impliquent la plupart du temps des relations sexuelles, auxquelles Ange prend d’autant plus de plaisir que des sentiments sont à l’œuvre, on est très loin de l’histoire d’amour d’un couple vanille*. Il est question d’amour, certes, mais dans l’abnégation, du bonheur éprouvé par la soumise de cette condition qui est devenue sienne, du lien si particulier qui se noue jusqu’à en devenir une forme d’addiction, parfois effrayante pour celle qui l’éprouve.

quoteJ’avais peur de cette addiction qui prenait de plus en plus d’emprise sur moi. C’était une drogue dure (P. 325)

La contrainte d’écriture se développe et se précise. Solange était l’employée de Tristan Bussy, Ange va dorénavant devoir écrire ses ressentis au cours des séances, obéissant ainsi à un ordre donné. « J’exigerai de toi un récit détaillé de chacune de nos séances » (P. 42)

Cette exigence, très habilement menée par l’auteur va permettre de mêler les récits dédiés et tout le cheminement qu’une soumise peut vivre lors de son apprentissage et son éducation. Le Maître aussi intervient, posant lui aussi ses mots pour exprimer son vécu et sa satisfaction (P.276 et suiv.).

Les scènes de ces séances, pour explicites qu’elles soient, lèvent le voile non seulement sur les pratiques, mais encore sur les questionnements, les affres et les joies d’une femme qui a fait le choix d’un mode de vie « hors norme », « intense ». Ces deux mots ponctuent sans cesse le texte, comme un leitmotiv en écho aux émotions, aux doutes, à la peur et à l’excitation qui submergent Ange (P. 243).

A aucun moment l’auteur ne cherche à convaincre son lecteur, bien au contraire. Elle est même parfaitement consciente de l’incompréhension que peut susciter ce mode de vie. En revanche, Eva Delambre s’est attachée à fouiller au plus profond de la psychologie, de l’âme de cet Ange pour y débusquer tout ce qui fait son attachement à sa condition de soumise et à son Maître, ses plus grands bonheurs et ses incessantes remises en cause.

Au fil des épreuves, loin d’être un jeu, souvent aussi déstabilisantes que douloureuses, le lecteur est pris à témoin de l’évolution d’Ange. Sa compréhension du lien particulier avec son Maître s’aiguise et régit toute sa vie, dans l’amour et l’abnégation.

quoteJe comprenais l’essence même de la soumission. Donner du plaisir à l’autre, sans se préoccuper de soi. (…) Par abnégation. (P. 296)

Lors des épreuves, les mots se font silences, cédant la place aux regards, aux yeux dans lesquels chacun lit les émotions de l’une, les ressentis de l’autre. Les limites sont repoussées, dans la découverte sans cesse renouvelée de ce qu’est l’essence d’une soumise, ses bonheurs dans cette condition, ses dépassements, quand bien même le Maître la prévient :

quoteTu t’attaches trop. Tu sais que tu finiras par te brûler les ailes si tu continues ainsi (P. 169).

Etrange mise en garde pour un Ange qui est en lutte permanente avec elle-même, dans une quête qui la pousse sans cesse, sous l’égide de son Maître, à se dépasser pour mieux se trouver. Soumise dans l’âme, elle devra cependant traverser l’ultime épreuve…

Son Maître, en lui reprenant son collier fait d’elle une femme plus libre qui pourra, après les expériences vécues dans la soumission, prendre son envol, au propre comme au figuré.

Il y a dans ce roman plusieurs niveaux de lecture. On peut n’y trouver que les détails croustillants et érotiques – jamais vulgaires- des pratiques BD/SM, en gardant la distance de ceux que Ange appelle les « bien-pensants ». Une histoire d’amour, qui ne se finit pas comme un conte de fée. Ou bien, à travers les épreuves subies par l’héroïne, la découverte d’un monde dont les portes s’entrouvrent. Mais aussi et surtout, le récit très poussé d’une initiation qui fait de celle qui l’a reçue ce qu’elle est réellement, en une seconde naissance, qui restera à jamais gravé en elle et lui donnent les clés d’une vraie liberté.

N’est-ce pas aussi une expérience quasi mystique, dans laquelle l’initiée le reste à jamais ? Les voies de la connaissance de soi sont multiples et lorsque le Maître estime avoir achevé son œuvre, c’est alors à l’élève de poursuivre sa route, après avoir laissé derrière elle le « paradis noir » dont parle Maître Tesamo dans sa postface au roman.

Eva Delambre signe ici un beau roman, dont le style fluide s’est affermi au fils des ouvrages. On ne peut qu’être pris à ce récit singulier, même lorsque l’on n’est pas familier de ce milieu dont elle sait évoquer d’une fort jolie plume toutes les joies mais aussi tous les dangers.

Et vous, après l’avoir lu, serez-vous tenté d’en découvrir davantage ?

quoteSynopsis L’envol de l’ange, Eva Delambre

Solange s’est lancé dans l’écriture des mémoire de Tristan qui lui relate des souvenirs érotiques peuplés de jeux de domination soumission. Progressivement, elle se livre elle aussi et fantasme de pouvoir connaître les mêmes frissons que ces femmes qu’il décrit. Ils en viennent à nouer des liens de maître et soumise. Juste pour y goûter au départ. Mais vient le moment de l’engagement, celui où elle accepte de porter son collier et d’être sienne.

Dès le départ, Solange est prévenue : la relation aura une fin. Comptant bien en profiter jusque là, elle traversera de multiples épreuves et trouvera en la personne de son amie Axelle complicité et soutien. D’autant que quand l’amour vient s’immiscer de manière unilatérale dans ce genre d’histoire, c’est douloureux. Elle va l’apprendre. Il l’aidera à l’accepter.

L’Envol de l’Ange fait suite à L’Éveil de l’Ange. Il éclaire sur la complexité des émotions qui traversent celle qui choisit de se soumettre au bon vouloir d’un maître. Ses joies, ses errances, ses questionnements, son abandon, la difficulté d’accepter parfois et la volonté de se surpasser.

Editions TABOU, mai 2016, 412 pages

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