L’éveil de l’Ange, un roman d’Eva Delambre

1
753

[Article invité : Julie-Anne de Sée, auteur érotique aux éditions Tabou. Découvrez son blog et sa page google + ]

Pour la sortie de L’éveil de l’Ange 3ème roman d’Eva Delambre aux éditions Tabou, c’est Julie-Anne de Sée qui prend sa plume pour vous livrer cette critique. A noter aussi demain qu’Eva présente son livre aux écrits polissons de Flore Cherry. En attendant de découvrir le livre, ci-dessous la critique!

Dans ce troisième roman, Eva Delambre entraîne à nouveau son lecteur à la découverte de la domination et de la soumission.

L’héroïne, Solange, est une jolie jeune femme « normale », -dit-elle- un peu en stand by dans sa vie. Elle se trouve sans emploi, aimerait se mettre à écrire, vit en colocation avec Axelle, l’amie plus délurée qu’elle. Elle n’a cependant encore jamais osé se lancer dans l’écriture, sans doute par manque de confiance en elle pour tenter de réaliser ce rêve. L’amie dévouée va lui en fournir l’occasion en répondant à sa place à une offre d’emploi. Solange cède, se rend chez son futur employeur. Elle devra écrire le livre qu’il dictera, en résidence chez lui pendant quelques semaines. Mais les choses vont prendre une tournure inattendue: Tristan Bussy est jeune, beau, intelligent, séduisant et riche (il est avocat d’affaires), toujours élégant et terriblement charismatique. Solange tombe bien vite sous son charme.

Jusqu’ici, cela n’est pas sans rappeler un certain Christian, tout en nuances dans un autre ouvrage d’un autre auteur… On pourrait imaginer aisément la suite. Ce serait trop simple, trop réducteur car la différence est de taille: Eva Delambre, elle, sait de quoi elle parle. Si Solange est déroutée et souvent « mal à l’aise » en enregistrant les récits du beau Tristan, elle se trouble à leur retranscription et au contact de cet homme si attirant.

Il est évident que cet homme ne « joue » pas. C’est un Maître qui raconte ses souvenirs de séances de domination avec diverses soumises, qui explique aussi comment il est devenu ce qu’il est. Deux voix se mêlent alors: celle de Solange qui, peu à peu, va éprouver un désir ambigu pour cet homme et celle du Maître qui pose clairement les choses.

Pourquoi une femme se soumet-elle ? « On ne se soumet pas pour réaliser ses propres envies, mais par profond désir de satisfaire son Maître » (P. 46)

Qu’est-ce qu’un véritable Maître ? « Il voudra l’abnégation. (…) Un Maître est un créateur, et la soumise sa création. Il la façonne selon ses désirs, il lui apprend à être ce qu’il veut qu’elle soit. Et à vouloir l’être. » (P. 124-125)

Pour Solange, bousculée dans ses sentiments et ses désirs qu’elle ne maîtrise plus, ne comprend plus, l’écriture devient un exutoire. « (…) J’avais envie de l’écrire, comme un exutoire, comme un hurlement silencieux. » (P. 146) Elle va donc passer de l’autre côté du miroir jusqu’à ce qu’elle attache elle-même à son cou ce symbole si fort: le collier de cuir noir qu’il a déposé sur un meuble, lui laissant le choix, la liberté de sa soumission. Elle en connaît les conséquences, elle les a écrites: « Lorsqu’elle portait ce collier, elle n’était plus femme, elle devenait soumise. Sa soumise. »

Mises en abyme, les histoires racontées par Tristan, la mise en forme qu’en fait Solange et son cheminement dans une réalité qui lui échappe, ses interrogations, le tout s’imbrique, entremêlant une forme de fiction dans la fiction, une réalité vécue dans le déroulé du roman. On n’est pas dans un énième livre mièvre où le lecteur devient le voyeur de scènes gentiment coquines avec cravaches et menottes de fourrure rose. L’éveil de l’ange va beaucoup plus loin, fouillant les replis de l’âme de Solange qui part à la découverte d’elle-même, de sa véritable nature, de ses désirs enfouis. Quand elle porte le collier de cuir noir, elle entrevoit sa propre vérité: « Je n’étais plus moi, j’étais sienne. Ou bien était-ce le contraire finalement, peut-être que c’était lorsque je le portais que j’étais réellement moi ? Celle que je voulais être ? » Des leitmotivs ponctuent l’évolution de la jeune femme, son éveil à cet autre monde qui l’attire: intensément, abnégation, devenir, soumise, aimer tout. Les mots que Solange fait couler martèlent le fil de la narration. Deviendra-t-elle une soumise au sens où le Maître l’entend ? Que devra-t-elle encore accomplir pour y parvenir ? De simple contrat de travail, l’écriture du vécu avec Tristan devient un ordre: « Je veux lire ce récit. » (P. 316) Le roman est inachevé, Solange devra encore noircir des pages.

On peut ne pas adhérer à ces pratiques, ne pas les comprendre. L’auteur le sait, le dit, prend soin de préciser que ce type de relation transporte dans « un ailleurs » (P.346) et que pour y parvenir, il y a « …tout un cheminement mental… » à effectuer. (P; 287) Il ne s’agit pas de simples jeux sexuels, mais de tout un processus clairement expliqué, de façon quasi didactique. (P. 250)

On ne peut cependant pas rester insensible à ce récit, aux atermoiements et à l’éveil de cet ange dont on espère qu’il trouvera son accomplissement dans la suite annoncée de ce beau roman, émouvant, troublant et sensuel.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

L'Eveil de l'Ange
Editions TABOU, collection Les Jardins de Priape
Novembre 2015
367 pages

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    J’ai lu « L’éveil de l’ange » après avoir lu « Devenir Sienne » et j’ai été agréablement surprise.
    Le style est bon et on se laisse glisser avec Ange dans le monde qu’elle découvre.
    Ce livre est accessible à tous et donne une belle image d’une relation D/s.
    J’attends avec impatience ‘L’envol de l’ange ».

LAISSER UN COMMENTAIRE