S'occuper en t'attendant, Marion Favry

S'occuper en t'attendant, Marion FavrySamedi, les avocats du diable lancent la première nuit de la Nouvelle érotique. A cette occasion, j’ai demandé à Marion Favry, écrivain et auteur du roman S’occuper en t’attendant  (éditions de la Musardine), de nous livrer 6 conseils d’écriture. J’ai rencontré Marion Favry à ses ateliers d’écriture que je fréquente depuis plus d’un an.  Cette année, la demoiselle jongle entre changement et érotisme avec au programme un accompagnement à l’écriture, dinécritures dans la charmante boutique de Robert M Smith, et ateliers. Bref, ces ateliers, c’est un peu l’adresse qu’on se passe entre bonnes copines. C’est donc avec un plaisir tout particulier que je vous livre ses conseils.

Qui es-tu et quel est ton style ?

Qui suis-je ? C’est une bonne question, et je n’ai pas réussi à y répondre en 47 ans ! Mais j’ai répondu à ta proposition de donner quelques conseils pour écrire une nouvelle érotique parce que je suis auteur de littérature érotique et que j’ai aussi une expérience d’animatrice d’atelier d’écriture. Accompagner les autres dans l’écriture après qu’on m’y ait moi-même accompagné, c’est important pour moi.

Mon style est cru et intello.

Ecrire une Nouvelle érotique, 6 conseils d’écriture par Marion Favry

photo boutique Robert M smith
Photo d’une publication trouvée dans la boutique Robert M smith

Je crois qu’une bonne nouvelle érotique est avant tout une bonne nouvelle. Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de rencontrer un auteur (pas du tout érotique) qui m’a dit que pour lui, la nouvelle était une écriture éjaculatoire. Je ne suis pas certaine qu’il soit le seul à le dire, mais je trouve que la métaphore est appropriée pour une nouvelle érotique.

1 Pour éjaculer, il faut avoir du jus, et donc avoir quelque chose à lâcher, à dire. Je ne parle pas d’un « message » à faire passer parce que c’est la meilleure façon d’être pontifiant et ennuyeux. Non, ce truc qu’on a à dire, c’est quelque chose que l’on sent. C’est pas dans la tête que ça se passe, c’est dans le ventre qu’on sent ça, ou dans les jambes, ou dans le sexe, c’est l’urgence de dire. Parfois on ne sait pas ce que c’est au juste ce quelque chose qu’on a à dire (on le saura quand on aura écrit), ce n’est pas grave, mais il faut sentir cette nécessité énergétique, libidinale, ce désir d’éjaculer.

2 L’éjaculation, c’est quelque chose de retenu qui se libère tout à coup, dans un bouquet. La fin d’une nouvelle est libératoire. Je ne dis pas que toute nouvelle doit être « à chute » (c’est à dire opérer un renversement total, étonner le lecteur par une fin si surprenante qu’elle lui fait repenser ce qu’il a lu sous un nouveau jour). Mais de toute façon les derniers mots, la dernière phrase, sont primordiaux. Assez souvent ils justifient la nouvelle, en donne une lecture particulière, un sens. Travaillez votre final, votre libération et celle de votre lecteur.

3 Osez. On n’ose jamais assez, surtout dans l’érotique. Qu’est-ce qui peut vous arriver avec une feuille et un stylo ? Ou avec votre clavier ? Quoi que vous écriviez vous risquez toujours moins qu’en sortant prendre le métro. Alors qu’est-ce qui vous retient ? Pourquoi ne pas dire « son trou béant » si c’est ça qui vous vient ? Ou bien « son anus se déplia sous la poussée » si c’est ça qui vous vient et qui vous fait plaisir ? (et encore, je fais très soft, je sais que ton blog est tout public). Pour l’instant vous êtes seul face à votre feuille ou votre écran, alors allez-y ! Bon, peut-être qu’il vous vient plutôt « sa conque pleine de rosée » ou « son sceptre moiré ». Peut-être. C’est que vous êtes poète, on va dire. C’est possible. Mais ça aussi ça se sent, quand on ose vraiment, quand on est juste avec son désir, avec ses mots. C’est une jubilation. Allez chercher la jubilation.

Pendant l’écriture proprement dite, soyez pleinement dans votre acte d’écrire. Débranchez le petit juge. Ne pensez pas que vous êtes nul, que tout à été déjà écrit et bien mieux, que votre mère aura honte de vous et que vous feriez mieux d’aller faire la lessive ou distribuer des repas au resto du cœur au lieu d’aligner vos misérables mots. Tout cela est vrai mais vous aurez tout le reste de votre vie pour vous le dire (rires). Ne pensez pas à vos lecteurs éventuels, vous risqueriez de vouloir les séduire, ce qui est une mauvaise idée : rien de pire qu’un écrivain qui fait le beau. En érotique, il va peut-être mettre du cul pour mettre du cul, oublier qu’il a quelque chose à dire, oublier le cœur de son histoire et devenir simplement vulgaire. Ou bien il va céder à la mode ambiante et nous écrire une xième histoire girly-cul rouge en pensant aux 50 nuances et ses nombreux avatars. Franchement, si ça n’est pas votre pente et que vous faites ça seulement pour faire plaisir au lecteur, ça va se voir, et c’est vilain.

C’est pas parce qu’on s’est fait bien plaisir en se polissant le chinois sur quatre ou dix pages qu’on doit considérer la chose bouclée. Écrire vraiment, c’est ré-écrire. Relisez vous immédiatement mais aussi plus tard, plusieurs fois. Soignez chaque mot, chaque phrase. Dans un roman de 400 pages, on peut se permettre des moments moins puissants, pas dans une nouvelle. Chaque mot compte, chaque signe de ponctuation compte.

Puisez dans votre vécu. Vous n’avez sûrement pas vécu ce que vous faites vivre à votre héros. Non, sûrement pas. Mais vous avez une sexualité. Vous avez un vécu, un réservoir de souvenirs, de fantasmes, de sensations, d’émotions, d’odeurs marquantes, d’images, etc… Pour être sincère, et donc senti, votre texte se nourrira de votre sensibilité, de ce qui a construit votre sexualité, de votre façon de l’exprimer et de la vivre. C’est peut-être ce qu’il y a de plus délicat, mais aussi de plus intéressant dans l’écriture érotique, mettre les mains dans le cambouis de sa sexualité pour transmuter ce matériaux brut en histoire.

Et vous, quels conseils donneriez-vous à celui qui veut se lancer dans l’écriture ?

4 COMMENTAIRES

  1. Tous ces conseils me paraissent excellents.

    Comme tu nous invites à en proposer d’autres, j’ajouterais : « Ne cherchez pas à imiter le style d’untel ou d’untel. N’ampoulez pas votre récit avec un style lourdingue, une avalanche de passés simples et de mots raffinay au prétexte que l’érotisme doit (devrait) être “classe“ »

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